Tribune de femme

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Nestorine Sangaré : Le mot de trop

Décidément, chez nous, ce commencement 2014 est fou, fou, fou ! Prémices d’une année folle ? Dieu nous en garde. Mais le constat est là. D’abord en ce début d’année, précisément le samedi 4 janvier, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) est touché par un tsunami avec la démission du parti de 75 membres du bureau politique dont des ténors comme Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré. Entre autres raisons à l’origine de ce départ qui défraie  depuis la chronique : les velléités de la galaxie présidentielle de faire sauter le verrou constitutionnel.

Ensuite, une semaine après, la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (FEDAP/BC) sonnait le rassemblement de ses troupes à Bobo-Dioulasso pour entonner en chœur ce qui est devenu son mantra : Blaise Compaoré, président pour toujours.

Initialement, cette retraite de Sya devait marquer le lancement officiel d’une pétition visant à supprimer la clause limitative du nombre de mandats présidentiels. Ce ne fut pas le cas.  Les répliques des démissions sont-elles passées par-là ? Autrement dit, la situation politique actuelle a-t-elle contraint la FEDAP/BC  à revoir son agenda ou, qui sait, à surseoir à son projet de référendum d’initiative populaire ? On attend de voir.

C’est au moment où les Burkinabé se posent, anxieux, des questions sur l’aboutissement de ce bras de fer entre contempteurs et zélateurs du déverrouillage de la loi fondamentale,  oui c’est en ce moment de grandes incertitudes que certains hauts responsables de l’Etat choisissent d’en ajouter au tourment de leurs compatriotes.

De quoi voulons-nous parler ici ? De cette sortie aussi hasardeuse que MALHEUReuse du ministre de la Promotion de la femme et du Genre, Nestorine Sangaré.

En effet, à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux «des filles et femmes du Burkina» à la première Dame, Chantal Compaoré, le samedi 11 janvier 2014, la pagb-naba Sangaré, contre toute attente, s’est fendue d’une intervention dont le ridicule le dispute à l’incongruité. Ceinte d’une belle coiffe de luili-pendé, la vestale du Genre s’est laissé aller à des propos qui décoiffent. Annonçant à la première Dame que beaucoup de personnes malveillantes souhaitent à sa famille une année de malheur et de déshonneur.

Morceaux choisis de ces nestorinades :

- «Conscientes ou inconscientes, des personnes prédisent dans les journaux et dans les fora de sites Internet la confrontation, le chaos, la violence et la destruction de notre pays, tout cela pour des raisons politiques. Elles oublient que quand le malheur viendra sur vous, elles ne seront pas épargnées» ;

- «Dites au chef de l’Etat que les femmes burkinabé lui sont très reconnaissantes pour les souffrances, les calomnies et les trahisons qu’il a accepté d’endurer en silence comme sacrifice pour assurer à notre cher pays la stabilité et la concorde» ;

- «Beaucoup prétendent au pouvoir d’Etat mais beaucoup n’ont pas le profil d’un homme d’Etat».

Ciel, qu’est-ce qu’ils ou elles ne diront pas pour plaire au roi, à la reine ou à l’infante !

«Malheur». C’est le mot de trop. Excessif !  Point besoin d’ouvrir un dictionnaire pour savoir qu’un malheur est un événement qui affecte péniblement et cruellement quelqu’un, et pour cela, personne ne peut le souhaiter même à son pire ennemi.

Même Chantal Compaoré n’a pas goûté les flagorneries de son adulatrice de luxe, elle qui en a, sans nul doute, été gênée aux entournures et s’est sentie obligée de jouer au pompier.

En effet, la «Chantou» nationale, comme on l’appelle affectueusement, réagissant aux mises en garde de celle qui lui veut le plus de bien au Faso, a répondu ainsi, avec une hauteur de vue qui devrait faire réfléchir plus d’une : «Si nous ne plaisons pas à tout le monde, c’est tant mieux, c’est bien pour eux, c’est bien pour nous. On ne peut pas plaire à tout le monde. C’est la vie, c’est la politique» avant de tenter de circonscrire l’incendie qui venait ainsi de se déclarer dans sa demeure : «Mais je pense que le message que le ministre a voulu passer ce soir, c’est surtout un message de paix». Un recadrage qui vaut son pesant de désaveux.

Le mot malheur qu’elle a osé utiliser ? Mais aucun Burkinabé ne peut se réjouir d’un funeste sort qui s’abattrait sur la famille présidentielle, soit-il un opposant irréductible à Blaise Compaoré.

Questions :

Mme Sangaré, serait-ce le fait que des Burkinabé désirent voir le chef de l’Etat quitter les affaires en 2015, comme le prévoit la présente Constitution, que vous considérez comme un affront à la famille présidentielle ? Etonnant !

Mme Sangaré, est-ce à dire que si le chef de l’Etat consent à respecter la clause limitative des mandats, cela équivaudra à attirer le malheur dans son foyer ? Que nenni !

Mme Sangaré, cherchez-vous à être plus reine que la reine de Kosyam ? Mauvaise pioche !

Si malheur il devrait y avoir en cas de retrait de Blaise du pouvoir, ce serait peut-être chez ceux et celles qui se repaissent de leur proximité politique ou filiale avec l’«Enfant terrible de Ziniaré».

Mme le Ministre, non seulement vous avez prononcé le mot de trop, mais aussi vous vous êtes trompée royalement de tribune. Cette cérémonie de présentation de vœux est censée être un rendez-vous annuel entre la première Dame et toutes les associations féminines du Burkina. Mais vous l’avez confondue à  un attroupement de femmes CDP ou FEDAP/BC autour de maman Chantal.

Les conséquences, on les connaît : MALHEUReuses.

 

Alain Saint Robespiere

source: //www.lobservateur.bf



15/01/2014
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