Tribune de femme

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Marie-Antoinette Singleton, la fille de Gbagbo parle..

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Maintenant, nous aimerions avoir une perspective différente. Nous aimerions entendre un membre de la famille de quelqu'un qui est accusé de crimes contre l'humanité. Pour cela, nous allons en Côte-d'Ivoire en Afrique de l'Ouest. Au cours des dernières années, il a eu une brève mais sanglante guerre civile après deux candidats rivaux ont tous deux affirmé la présidence de retour en 2010. 

Laurent Gbagbo et son épouse Simone, ont finalement été arrêtés pour des crimes contre l'humanité. Il est maintenant en attente de procès devant la Cour pénale internationale. Simone Gbagbo a été inculpée mais sera jugé en Côte-d'Ivoire, et non à La Haye. Leur fille, Marie-Antoinette Singleton, vit à Atlanta et elle a parlé avec nous depuis un studio. Bienvenue, je vous remercie d’avoir accepté de parler avec nous.

MARIE ANTOINETTE SINGLETON: Je vous remercie, et je vous remercie de m'avoir invité ce matin.

MARTIN: En Novembre dernier, lorsque la CPI a inculpé votre mère sur des accusations d’assassinat, de viol, d'autres formes de violences sexuelles, d'actes inhumains, persécutions. Vous souvenez-vous comment vous avez réagi quand vous avez entendu ça? Et savez-vous comment votre mère a réagi quand elle a compris qu'elle devait être jugée pour crimes de guerre?

Singleton: Oui, bien sûr, il était difficile d'arriver à ce point parce que, comme je l'ai toujours dit, mes parents ont combattu en Côte d'Ivoire pour la démocratie. Ils ont été très actifs dans l'obtention de la démocratie en Côte d'Ivoire. Revenir à ce moment-là et entendre ces nouvelles étaient vraiment dur pour eux, mais encore une fois, vous le savez, nous avons l'espoir que les choses vont s'améliorer.

MARTIN: Votre père est sous la garde de la CPI et votre mère doit être jugée en Côte-d'Ivoire. Avez-vous plus de confiance, plus ou moins confiance dans un système ou l'autre?

Singleton: Je ne sais pas. Je ne sais pas parce que tout cela est une question politique. M. Gbagbo a été prise du pouvoir parce qu'il n'a pas servi certains intérêts, notamment les intérêts de la France en Côte d'Ivoire. Je vais insister sur le fait que tout cela a commencé en 2002. Ils ont essayé de le chasser du pouvoir. Il y a tellement de preuves contre la France.  La France s'est fortement impliquée en 2002, en 2004, pourtant, ils n'étaient pas en mesure de le faire. Donc, la situation de 2010 a été le prétexte de la France pour finalement intervenir. Elle a utilisé le mandat de l'ONU pour enfin chasser M. Gbagbo du pouvoir.

MARTIN: Vous avez vécu aux États-Unis pendant plus de 13 ans maintenant ?

Singleton: Oui.

MARTIN: Je me demande si la situation semble différente pour vous à partir d'ici.  Pensez-vous que ce serait différent pour vous, si vous viviez en Côte d’Ivoire ?

SINGLETON: Cela peut être différent parce que je n'ai pas été dans l'une des guerres. A partir du moment que la rébellion a commencé en 2002 - il y a eu beaucoup de mouvements. Et oui, je n'ai pas été là-bas physiquement pour vivre ces événements, vous savez.

MARTIN: Alors, je me demande comment vous savez que c'est vrai ? Comment savez-vous que c'est vrai? Comment savez-vous que la version de vos parents des faits est exacte?

SINGLETON: Les évènements que je raconte ne sont pas la version de mes parents. C'est l'histoire d'un pays entier. Et vous n'avez pas besoin d'être physiquement là pour savoir ce qui se passe. Tout est sur les nouvelles. Ouattara et la rébellion sont un fait réel. Le pays a été attaqué en 2002 et c'est un fait. Des milliers de personnes sont mortes et c'est un fait. Le président de l'époque, M. Gbagbo avait donc appelé la CPI à venir et gérer la situation. Ils ne sont jamais venus, c'est un fait.

MARTIN: Il y a beaucoup de discussions à propos de la communauté internationale. Nous avons juste eu une conversation avec un avocat international des droits de l'homme qui présente des cas devant la CPI. Quel rôle pensez-vous que la communauté internationale devrait jouer dans des conflits comme celui de la Côte-d'Ivoire? Celui qui s'est produit et qui implique votre famille?

SINGLETON: Ils doivent être équitables. Ils doivent se baser sur les faits réels. Ils ne peuvent pas poursuivre un côté et pas l'autre. Et encore une fois, j'insiste pour que la justice soit impartiale. Jusqu'ici, seul M. Gbagbo a été de La Haye et maintenant ils essaient d'obtenir Mme Gbagbo. Mais aucun des rebelles qui ont commencé la guerre entière. Qu'en est-il M. Ouattara? Qu'en est-il M. Soro, qui lui-même a été le chef de la rébellion en Côte d'Ivoire ? Il n’y a-t-il pas un problème ? Nous avons vu ce qui s'est passé à Duékoué, comment les gens ont été tués par les gens de M. Ouattara qui descendaient à Abidjan pour prendre le pouvoir. Il n’y a-t-il pas un problème ? Pourquoi ne sont-ils pas d'être arrêtés par la CPI?

MARTIN: Voulez-vous dire que les deux parties sont coupables ? C'est ce que vous dites?

SINGLETON: Non

MARTIN: Vous dites que les deux parties ont tué? Or, vous dites que ...

Singleton: Je ne dis pas que les deux côtés sont coupables. Je dis que nous savons qui a commencé le problème en Côte d'Ivoire et que c'est M. Ouattara et les rebelles. Mais la CPI, qui a été invité en 2003 à venir dans la situation, n'est jamais venu. Tout d'un coup, nous voulons réduire la crise de la Côte d’Ivoire à la crise post-électorale, ce n'est pas la vérité. S'ils doivent faire le travail, ils doivent revenir à au véritable début du problème, puis juger celui qui était responsable.

MARTIN: Comment sont vos parents? Avez-vous pu parler avec l'un d'eux ou les deux, récemment?

SINGLETON: Pas récemment. J'ai vu mon père de retour en 2012 quand je suis allé à La Haye pour lui rendre visite. Je ne l’ai plus vu après.

MARTIN: Se portait-il bien? Lorsque vous l'avez vu?

SINGLETON: Ouais. Il était bien. Je veux dire, vous savez, avec tout ce qui s'est passé, je m'attendais à ce que les choses soient bien pire, mais je remercie Dieu. il était en bonne santé.

MARTIN: Et votre mère?

SINGLETON: Ma mère, bien sûr, je n'ai pas vu et nous n'avons toujours pas eu d'autorisation officielle pour lui parler. Nous avons demandé à lui rendre visite mais nous n’avons pas été autorisés à la voir. Nous avons demandé à lui parler par téléphone, la demande a été refusée. Elle n'a pas de téléphone. Alors vous savez, j’ai pu parler avec elle une fois par téléphone lorsque quelqu'un est allé lui rendre visite et que cette personne a eu la gentillesse de nous laisser parler sur son téléphone. Mais, vous savez, il n'y a pas une façon de parler avec elle sur une base régulière et de la voir pour savoir comment elle va, ce qui est une autre question. Il y a beaucoup de violations des droits de l'homme mais personne n’en parle.

MARTIN: Avant de vous laisser partir, croyez-vous que la réconciliation entre les deux parties est possible à ce stade? 

Singleton: C'est possible. Il serait possible si le gouvernement serait prêt à aborder la question d'une manière différente. S'ils veulent vraiment réconcilier les ivoiriens, ils doivent cesser d'arrêter des personnes qu'ils appellent pro-Gbagbo. Ils gèlent les avoirs des personnes, les gens sont chassés de leurs maisons, beaucoup d'entre eux sont exilés. Rien n'est fait pour les ramener. Rien n'est fait pour leur donner leurs richesses et leurs possessions. Rien n'est fait pour ramener la paix entre les peuples.

MARTIN: Marie Antoinette Singleton vit à Atlanta, en Géorgie. Ses parents, l'ancien président et la première dame de Côte-d'Ivoire, sont maintenant en attente de procès pour crimes contre l'humanité. Et elle a eu la gentillesse de nous parler d'un studio à Atlanta. Marie-Antoinette Singleton, je vous remercie beaucoup d’avoir échangé avec nous et de nous donner votre point de vue.

Singleton: Je vous remercie. 

Transcription fournie par NPR, Copyright NPR.

Traduit en Français par  www.imatin.net

source: http://www.imatin.net



28/09/2013
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