Tribune de femme

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« Les femmes à forte corpulence sont dénigrées... »

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Elle a été élue en 2008, Miss poog-beedré. Depuis son sacre, elle se bat pour promouvoir les femmes fortes (communément appelées grosses). Elle, c’est Reine Coulibaly, qui nous parle dans cet entretien, des femmes à forte corpulence et surtout de son Show poog-bedré, une soirée qu’elle initie pour célébrer "ces dames rondes" la nuit de Pâques, au Havana Night-club.

 

 Sidwaya (S.) : Vous avez été Miss poog-beedré 2008, mais on sait peu de choses sur vous. Qui est Reine Coulibaly ?

Reine Coulibaly (R.C.) : J’ai fait des études en informatique. Avant d’être Miss, j’ai fait du théâtre dans la troupe de Sidi Mohamed. Puis c’était l’élection Miss poog-beedre. L’idée est venue de ma sœur, parce que je déteste m’exposer bien que je sois une personne très confiante. Personne ne peut me perturber dans mes pensées. Je sais ce que je veux et je sais où je vais. Je suis quelqu’une de très directe dans mes propos.

S. Votre couronne de Miss poog-beedre a-t-elle changé quelque chose dans votre vie ?

R.C. : Ma couronne a changé beaucoup de choses. Mon titre m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes. Il y a des relations qu’il faut savoir gérer pour s’en sortir. Beaucoup de miss sont restées dans l’anonymat après leur succès. Les élections miss sont compliquées en Afrique. Une fois en possession de leur argent, les organisateurs ne suivent plus les miss. Quant à celles-ci, elles ne font rien après la victoire. Pendant la compétition, les candidates développent des thèmes qui les touchent. Lorsque tu deviens miss, tu dois essayer de concrétiser tes propos en actions.

S. Quel thème avez-vous choisi ?

R.C. : J’avais choisi un thème sur les enfants vivant dans la rue. Je suis très sensible et j’aime donner. La situation des enfants vivant dans la rue me touche énormément. J’aidais ces enfants bien avant mon élection. Dans mon quartier, tous les garibous (mendiants) me connaissent. Ils m’appellent tantie Reine ou Miss Reine.Nous avons une mauvaise vision du don. Ce n’est pas le riche qui doit forcement donner. Celui qui n’arrive pas à partager mille francs, il ne partagera jamais un million. II faut apprendre à donner le peu que nous avons.

S. Vous êtes devenue actrice de cinéma et organisatrice d’événementiel. Le dimanche de la Pâques, vous organisez au Night-club Havana, une soirée au profit des femmes de forte corpulence dénommée Show poog-bedré. Que vise une telle cérémonie ?

R.C. : Les femmes à forte corpulence sont dénigrées, rejetées, critiquées. La preuve, des que je suis descendue du taxi, tu as entendu des cris. Des gens ont un problème avec nous.

S. Ce sont peut-être des cris d’admiration ?

R.C. : Tout est confondu. Quand ça fait Hanhanhanhan ! Tu es heureuse parce que c’est une bonne appréciation de ton physique. Mais quand ça fait wowowo ! Ce qui suit n’est pas bon. Certains disent en moré « Guess woobgo » (Regarde l’éléphante).Ces personnes respectent plus l’animal que nous parce qu’elles ne se moquent pas de l’éléphante lorsqu’elles le voient.

S. Le show poog-bedré va-t-il changer quelque chose au sort des femmes rondes au Burkina Faso ?

R.C. : Depuis 2008, j’organise des soirées au profit des femmes de forte corpulence. J’ai organisé la Nuit des poog-beedré. Pour éviter toute confusion avec l’élection Miss poog-bedré, j’ai rebaptisé la cérémonie la Nuit du Moussoba. J’ai aussi organisé le Show piscine poog-bedré pendant la période de chaleur. Je n’oublie pas l’élection Miss travail du côté de Bobo-Dioulasso pour promouvoir l’emploi des femmes. 
Je profite pour remercier tous ceux qui m’ont soutenue à savoir, Sekou Haidara, Kankeletigui, Stan, etc. La Show poog-bedré, lors de la nuit de la Pâques, est destiné à vulgariser les femmes de forte corpulence, appelées grosses. Nous allons essayer de parler de nous sans discrimination. Les femmes sont invitées même si l’entente fait défaut entre nous. Lorsqu’un pays marche, c’est que tout va bien chez les femmes. Nous sommes majoritaires. L’événement sera un moment de rencontre, d’échange entre les femmes fortes et ceux qui les aiment. 
Nous aurons un défilé de mode en tenue traditionnelle, de sport et de vérité. Venez découvrir à Havana Night-club, le dimanche 20 avril 2014, notre manière d’être sexy sans se dénuder.

S. Comment expliquez-vous tant de mépris à l’endroit des femmes fortes ?

R.C. : Je ne comprends pas. Si certains ont des problèmes avec nous qu’on fasse un face-à-face pour qu’ils nous disent ce qu’ils nous reprochent. Les femmes fortes veulent comprendre. Pourquoi ont-ils pitié de nous ? 
Mon père avait l’habitude de me dire, quand j’étais petite, que j’avais tout en surplus que ma sœur. Les parents doivent aimer leurs enfants quel que soient leur forme. Il faut éviter certains propos. Il existe des parents qui insultent leurs enfants en les traitant de grosse bête. 
Une personne physiquement grosse n’est pas idiote. 
Malheureusement, le cinéma contribue à véhiculer une mauvaise image des grosses personnes. 
Les idiots au cinéma, sont souvent gros. Je prends l’exemple de Big maman avec Laurence Martin. Pourquoi pas Small maman ?

S. Pourtant vous avez interprété des personnages qui frisent l’idiotie ?

R.C. : Je n’ai jamais joué de rôle d’un personnage idiot. J’ai incarné un personnage méchant, mais pas bête.

S. Toutes ces discriminations expliquent-elles peut-être la solitude de certaines femmes rondes ?

R.C. : Si elles sont seules, c’est la faute aux hommes. Il arrive que tu arrives chez ton copain et il dit de t’asseoir doucement pour ne pas casser son fauteuil.

S. Plaisanteries ?

R.C. : C’est méchant. Il y a des termes vexants. Il le dit peut-être pour s’amuser, mais c’est vexant pour la femme. Lorsque tu as un copain de petite taille, certains disent que tu vas le tuer. En amour, il n’y a pas de recommandations. Personnellement, Je n’aime pas les gars minces. Mon copain fait 96 kilos.

S. On reproche à tort ou à raison aux femmes fortes des difficultés au niveau sexuel. Qu’en pensez-vous ?

R.C. : J’ai un copain et ça marche toujours entre nous. S’il y avait des difficultés, il serait parti ailleurs. Etre grosse ne signifie pas que nous ne sommes pas souples ou que nous ne sommes pas de vraies femmes. Je suis Dafing et nous sommes réputées pour bien nous occuper des hommes (rires). 
Nous aurons lors de la soirée, un médecin pour conseiller sur les bons et mauvais cotés de notre physique.

S. Certaines sont également discriminées dans les moyens de transport. avez-vous été victime ?

R.C. : Dans les taxis, c’est fréquent. Dans les avions, je n’ai eu jamais eu de problème même si ma place est petite.

S. Comment rendre heureuse une femme forte ?

R.C. : Il faut un homme qui l’aime et qui la respecte surtout. Lorsqu’on a déjà un complexe, c’est le respect dont on a besoin. 
Il ne faut pas faire des blagues sur sa forme. Une femme forte est une femme très douce. Donc j’invite tous les Ouagalais à venir ce dimanche 20 avril 2014 au Havana Night-club (ex-tabou) pour le découvrir et vivre une belle soirée.

Alassane KERE

Source: Sidwaya

 



22/04/2014
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