Tribune de femme

Tribune de femme

Caroline YODA, journaliste reporter d’images à la télévision qui ose BF1,

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L’avion qui transporte le Burkina Faso est dans une zone de turbulence au plan politique. Dans cette interview, Caroline YODA, journaliste reporter d’images à la télévision qui ose BF1, donne sa lecture  de la situation nationale, parle de son amour pour le journalisme, de son arrivée et de son départ de  la télévision Canal 3, évoque la situation de la femme dans le quatrième pouvoir tout en décryptant sa vie privée.

AS : Le Burkina Faso  est dans une zone de turbulence politique. Il y a ceux qui veulent le changement pour que ça change pour eux-mêmes et ceux qui veulent le changement pour que ça change pour tout le peuple burkinabè. En tant que journaliste, quels enseignements tirez-vous de cet imbroglio politique en cours en ce moment  au Faso ?

 Ce qui se passe au Burkina Faso n’est pas extraordinaire et ce n’est pas un cas isolé. C’est un jeu politique où ceux qui ont le pouvoir d’Etat font tout pour le garder, et ceux qui ne l’ont pas font tout pour l’avoir. C’est donc un combat légitime. En revanche, les Burkinabè devraient apprendre de l’expérience des autres (Egypte, Tunisie, Libye, Centrafrique etc.), pour qui le changement à la tête de l’Etat n’a pas donné l’effet escompté.

AS : Croyez-vous en l’alternance en 2015 ?

 L’alternance pour beaucoup de Burkinabè, c’est le départ de Blaise COMPAORE du pouvoir en 2015, et c’est dommage. Le monde même est dans une dynamique de changement. Que l’actuel Président du Faso reste ou pas, plus rien ne sera comme avant dans notre pays. Alors oui, je crois en l’alternance en 2015. Et la personne qui va succéder à Blaise COMPAORE en 2015 ou après a du souci à se faire car on prend facilement goût à la rue.

AS : Selon vous, c’est quoi la politique ? Et qui peut l’exercer ?

 Je n’ai pas une définition personnelle de ce qu’est la politique et je trouve prétentieux de dire qui peut, et qui ne peut pas faire de la politique. Cependant, je déplore qu’il n’y ait pas souvent de morale en politique.

AS : Caroline YODA  a voyagé dans la vie dans l’univers du journalisme…En effet, après 18 mois passés à la Chaîne de télévision privée Canal 3, vous avez déposé vos valises à la télévision BF1. Parlez-nous de cet amour pour le quatrième pouvoir…

 Un amour tardif je dois reconnaître ! En effet, mon rêve c’était de devenir avocate. A l’école primaire, je suis tombée un jour sur le portrait d’une avocate togolaise dans un journal de mon père. C’était écrit : « j’ai toujours eu horreur de l’injustice, aujourd’hui je suis avocate ». Jusqu’au BAC j’ai nourri ce rêve. Mais j’ai été orientée en Sociologie et ma maman m’a conseillée d’y rester. Mes amies au lycée voulaient elles, que je m’oriente en Communication, car disaient-elles, je ferais une bonne présentatrice du Journal Télévisé. L’idée ne me déplaisait pas et en fin de compte, elles ont eu raison ! Un jour, en année de licence, je vois une annonce de Canal 3 qui recrute une assistante programme niveau BAC. Sans savoir ce que c’était en réalité, je suis allée postuler. Voyant que j’étais arrivée toute coquette avec des fringues de marque, Rémi DANDJINOU(le Directeur Général Adjoint de Canal 3) m’a suggérée plutôt de tenter ma chance pour le test de recrutement de journalistes/présentateurs  niveau BAC+3 qui était en vue car pour lui le salaire d’assistante programme allait être dérisoire pour moi. J’ai suivi son conseil. Mais je n’ai pas été retenue au moment venu. Nous étions en 2007. Loin d’être découragée, j’ai poursuivi mes études à l’Université de Ouagadougou et entre temps, en 2008 alors que j’étais en année de maîtrise, on m’a rappelée à Canal 3 pour un essai. Sous la coupe de Claude ROMBA qui était lui-même stagiaire, j’ai appris la caméra  et le montage. La formation était intéressante mais avait un impact négatif sur mes études. Je me suis donc excusée auprès des responsables de la Télé et je me suis consacrée à mes études et j’ai validé mon année.  Après un stage à l’ONATEL et l’UAB, j’ai fait  part au Responsable à l’information de Canal 3 d’alors, Samuel SOMDA, de mon souhait de revenir parmi eux. Coup de chance, un autre recrutement était en vue, et j’ai été sélectionnée avec une autre candidate pour être formée en présentation du Journal Télévisé. Après trois semaines d’essai, j’ai convaincu les responsables qui m’ont retenue pour un stage, et par la suite j’ai signé un CDD d’une année. Depuis 2010 je suis à BF1. Tout se passe bien pour moi et je compte aller très loin dans ce métier qui me passionne.

AS : De la sociologie au journalisme…. Y a-t-il une interaction ?

La Sociologie, tout comme le journalisme mène à tout, a-t-on coutume de dire. (Sourire)

AS : C’est quoi ce métier de Journaliste Reporter d’Images (JRI)  dont on parle tant dans les différentes rédactions des télévisions privées?

 Le JRI est à la fois journaliste, cameraman et monteur. C’est-à-dire que sur le terrain il filme lui-même et conduit des interviews, de retour à la rédaction il écrit son texte, pose sa voix et fait le montage. Mais qu’on soit clair, le JRI n’est pas cadreur ni monteur, car ce sont  des métiers à part entière.

AS : Comment Caroline YODA prépare son journal télévisé ? Quels sont les astuces pour  accrocher les téléspectateurs  que nous sommes ?

 Avec tout le sérieux du monde car chaque JT est comme un défi pour moi. Mais cela ne m’empêche pas de rigoler de temps en temps avec mes collègues.  La bonne humeur, c’est ma marque de fabrique. J’aime aussi écouter de la musique entre deux lancements. En ce qui concerne les téléspectateurs,  je ne sais pas trop ce qui les accroche, mais je mise toujours sur les titres et mon apparence. Je suis de ceux qui pensent que la télé c’est l’image avant le contenu. Quand tu es agréable à voir, on t’écoute forcément. Mais tu as beau avoir le verbe, si tu n’es pas attrayant ce n’est pas sûr qu’on te suive. Je ne badine donc pas avec la coiffure, le maquillage et la tenue. Je crois bien que ça plaît aux téléspectateurs car j’ai un bon retour.

AS : Pourquoi êtes-vous  partie de CANAL 3 ?

Canal3 est une véritable école. Les responsables sont de vrais professionnels et ils sont rigoureux dans le travail. Si tu arrives à tenir à Canal 3, tu peux travailler dans n’importe quelle entreprise de presse. C’était une très belle expérience mais on ne peut pas rester à l’école quand on a fini  d’apprendre. Avant même que mon contrat n’arrive à échéance, j’ai proposé mes services à BF1 qui venait d’ouvrir. Cette nouvelle chaîne m’offrait une opportunité que je n’avais pas à Canal 3 à savoir le terrain. Et Quand mon contrat est fini, mes anciens collègues de Canal 3 qui s’étaient retrouvés à BF1 (Aïssata SANKARA, Kader TAPSOBA, Claude ROMBA), ont facilité mon arrivée dans la maison jaune comme vous dites. Bien sûr après, c’est mon travail qui a fait que j’ai été embauchée. Arrivée enceinte de 2 mois, ce n’est que quand mon ventre a commencé à sortir vers le 5e mois que les gens ont su, tellement j’étais à fond dans le travail. 

AS : La télévision BF1 a connu dans un passé récent une tempête en son sein. Comment Caroline YODA a vécu cette période trouble de la maison jaune ? Ca été très dur pour moi car j’étais en bon terme avec ceux qui sont partis et parmi eux, j’avais des amis. Les choses arrivent toujours pour quelque chose et j’espère que cet épisode sera un tremplin pour eux, pour rebondir dans la vie. BF1 n’est pas une fin en soi. Mais il faut surtout que cette expérience leur serve de leçon dans l’avenir.

AS : La femme journaliste  dans le contexte du Burkina. Est-ce un métier facile au regard des préjugés de la société…

 On dit de nous que nous sommes des cuisses légères, des femmes de mauvaise vie, des prostituées et j’oublie d’autres qualificatifs dégradants. Je ne sais pas sur quoi se basent nos détracteurs, mais je pense que cela est dû au fait que nous sommes exposées et accessibles du fait de notre métier. Et quand on ne connaît pas quelqu’un, on se fait souvent des idées sur sa personne. Sinon les femmes de médias sont comme tout le monde, avec des défauts et des qualités.  Elles sont pour certaines, comme loi, des mères de famille qui se battent au quotidien pour assurer un avenir radieux à leurs enfants. C’est très frustrant d’entendre certains commentaires sur les femmes journalistes. Il y a des brebis galeuses, certes, mais c’est exagéré ce qu’on raconte.

AS : Comment vous êtes accueillie en ville par les téléspectateurs de la télé qui ose ?

 Les téléspectateurs de BF1 sont géniaux. Ils me donnent toujours envie de continuer encore et encore. Quand on vous apprécie, vous n’avez pas droit à l’erreur. Mais comme elle est humaine, j’espère qu’ils comprendront nos moments de faiblesse. (Rires)

AS : Caroline YODA est également femme d’affaires et vous avez toujours des plans B, C, D, E jusqu’à Z pour meubler votre avenir. Si vous n’étiez pas dans le métier de journalisme, quel serait votre secteur favori d’épanouissement ?

 J’aime  dire que je peux réussir dans tous les secteurs d’activités  car j’apprends très vite et je ne méprise aucun secteur d’activités. Je me verrais bien hôtesse de l’air (j’ai essayé mais j’ai échoué au test de recrutement d’Air Burkina en 2005 à cause de ma petite taille, m’a-t-on dit), avocate, secrétaire médicale, infirmière ou même institutrice car j’aime beaucoup les enfants.  Mais je suis passionnée par le commerce et les affaires depuis toute petite. Déjà à l’école primaire j’économisais mon argent de la récréation et pendant les vacances j’utilisais ces sous pour faire un petit commerce. Je vendais des bonbons et de la noix de coco râpée aux autres enfants du Camp Ouezzin-Coulibaly de Bobo-Dioulasso où j’ai passé toute mon enfance (mon père était militaire). A l’Université, je vendais des bijoux et des sous-vêtements. J’avais une boutique de prêt-à-porter à Canal 3 mais que j’ai dû fermer faute de temps et de personne fiable pour la gérer. Je suis en train de voir dans quelle mesure relancer cette activité. Je crois que j’ai les affaires dans le sang.   

AS : On vous voit dans une grosse cylindrée. Est-ce à dire que les salaires sont élevées dans la maison jaune route de Kosyam ?

 (Rires). Je ne parle jamais en termes de salaire mais plutôt en termes de revenu. J’ai trop de responsabilité pour me contenter d’un salaire.

AS : Lorsqu’on pénètre avec des phares dans votre vie privée, on découvre que vous avez un enfant. A qui le père ? Partagez-vous jusqu’à présent votre vie intime avec son père ? Si non, pourquoi ?

 Mon fils aura trois ans le 27 avril. Il s’appelle Chance Dayron et je ne peux plus imaginer ma vie sans lui. C’est la graine de soleil qui illumine ma vie. Je suis à la fois son père et sa mère car son géniteur l’a abandonné. Je dis bien géniteur car c’est différent du père. Le père c’est celui-là qui s’occupe de vous (nourriture, santé, éducation…), vous conduit pas à pas dans la vie jusqu’à ce que vous deveniez quelqu’un comme on le dit. Je m’occupe toute seule de mon fils, avec joie et amour. Je suis persuadée que je ne manquerai de rien aussi longtemps que je prendrai soin de lui sans rien attendre en retour. Inutile de vous dire que je ne suis plus avec le père biologique de mon enfant, parce qu’il ne nous mérite pas.

 

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AS : Apparemment vous aimez le sport de maintien…Espérons que ce n’est pas pour boxer votre partenaire au cas où…

 (Rires). J’ai pratiqué le Taekwondo au lycée et je fréquente les salles de gym depuis l’université. Le physique compte beaucoup pour moi alors je fais ce qu’il faut pour rester jeune et belle. De plus, mon métier demande beaucoup d’endurance. Je fais donc d’une pierre deux coups. (Rires)

AS : Les BISSA sont très solidaires entre eux, quel est l’état de vos  rapports avec Zéphirin DIABRE, Chef de file de l’opposition politique burkinabè ? Et avec SARE, votre DG actuel en passant par Aubin GUEBRE, votre rédacteur en Chef Adjoint…

 Je suis toujours étonnée quand on me parle de « la solidarité » des Bissa. Moi je ne l’ai pas encore remarquée…Zéphirin DIABRE, je ne le connais ni d’Adam ni d’Eve. C’est un homme politique qui est en train de se frayer un chemin dans le paysage politique burkinabè. J’ai beaucoup de respect pour lui en raison de sa non-violence.  Pareil  pour mon DG Issoufou SARE. Je ne le connaissais pas avant son arrivée à BF1. Cela dit, je l’ai tout de suite adopté non pas parce qu’il est bissa comme moi, mais parce qu’il m’a inspirée confiance. J’épouse parfaitement ses idées et ses ambitions pour notre chaîne, et je suis contente et fière qu’à son âge,(il a moins de 40 ans) il ait déjà fait un tel parcours, et qu’il soit toujours motivé à faire encore plus. Il force mon respect et mon admiration. Quant à Aubin GUEBRE, c’est un collègue et un ami. C’était mon aîné au  lycée Marien-N’gouabi de Ouagadougou, tout comme Aïssata SANKARA. Mais c’est à BF1 que nous avons appris à nous connaître et à nous apprécier. Ça n’a rien à voir avec l’ethnie.

AS : Il parait que vous fréquentez les boîtes de nuit…

 Mensonge ! Je suis allée en night-club il y a de cela plus de dix ans. J’ai d’autres centres d’intérêt actuellement. Ma vie se résume à mon fils, mon boulot, les affaires, le sport et ma famille.  J’ai du mal à entretenir mes amitiés en ce moment et cela me peine énormément.

AS : Si on vous demandait de vous faire vous-même une autocritique….Qu’est-ce qui va ressortir ?

 Du coup, je ne vois plus mes défauts et pourtant ils sont énormes ! (rires).

AS : Qu’est-ce qui vous tient à cœur en ce moment comme projets ?

 Une émission que mon DG m’a confiée. C’est un magazine de 26 qui va mettre en lumière des modèles de réussite dans l’entreprenariat au Burkina Faso. C’est un projet qui m’intéresse beaucoup et dont je suis sûre qu’il sera bien accueilli par nos téléspectateurs. J’ai hâte de le concrétiser. En dehors de cela, je suis en train d’écrire un livre. Une auto biographie que je voudrais publier d’ici à la fin de l’année. Je n’ai pas 70 ans, pas même 32. L’expérience ne se mesure pas en termes d’année mais en termes de situations vécues. Je pense très humblement, qu’il y a un pan de ma vie qui pourrait inspirer beaucoup de personnes, mes jeunes frères et sœurs surtout, qui se laissent très souvent emporter par le désespoir. Je compte aussi reprendre les études cette année.

AS : Quel est votre message à l’endroit des politiciens du Faso ?

 Aucun. Par contre, je dirais à la jeunesse burkinabè qu’aucun homme politique ne va apporter un changement positif dans sa vie si elle-même ne s’y emploie pas. Quel que soit le pouvoir en place, on ne ramassera jamais du travail dans les rues. Il y a plein d’opportunité d’affaires dans ce pays mais tant que les Burkinabè ne cesseront pas de se jalouser et de traiter ceux qui ont réussi de voleurs et de corrompus, ils seront toujours là dans un siècle à ruminer leur colère. C’est justement l’esprit de l’émission que je vais bientôt présenter sur BF1. On peut partir de rien pour réussir à condition d’avoir de la volonté. A mes confrères journalistes, je dirais d’avoir toujours à l’esprit le principe de neutralité qui fonde notre profession. La responsabilité sociale du journaliste est énorme, surtout en temps de crise. Nous devons donc éviter de tenir ou de diffuser des propos qui incitent à la violence et à la haine.

Soure: Africa Star



30/03/2014
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